L’âne Gardien de troupeau
Article mis en ligne le 17 juillet 2018
dernière modification le 18 août 2021

par christian

L’âne et en particulier l’âne de Provence était utilisé par les bergers lors des transhumances pour porter son matériel. Arrivés à destination, ils étaient lâchés avec les moutons et les défendaient des attaques des grands carnivores tels que loups, chiens, lynx… L’âne s’intègre parfaitement aux troupeaux et sans dressage spécial, il défend les moutons comme il défendrait ses petits. En Afrique également, l’âne protège des grands prédateurs des troupeaux ou des villages qu’il garde. Arrivé en Amérique, l’âne a tout de suite été utilisé avec succès pour chasser les loups et les coyotes. Aux États unis, des milliers d’ânes font ce métier avec beaucoup de réussite ainsi qu’en Ontario, en Alberta. Ils ne se contentent pas d’écarter les prédateurs, ils les tuent s’ils ne fuient pas.

J’ai recueilli des témoignages en ce sens. Des exemples ? Une jeune fille faisait de l’équitation sur son âne. Un chien, l’attaque, la jeune fille tombe au sol. L’âne s’interpose et tue le chien.

Un autre ? Un ami, amoureux des ânes a trouvé un cadavre de coyote dans le parc de ses ânes. Le pauvre n’avait plus un os entier ! Les ânes l’avaient totalement piétiné. Comme cette utilisation est la principale activité de l’âne au Québec, en Ontario, en dehors d’animal de compagnie et que c’est dans cette utilisation que l’on voit le plus d’ânes mal soignés, nous allons donc en parler plus en détail et donner des conseils aux personnes qui aimeraient utiliser des ânes pour garder leur troupeau.

 La situation actuelle

En Ontario, au Québec, en Australie, aux États-Unis de nombreux éleveurs utilisent des ânes comme gardien de troupeau contre les prédateurs. Actuellement pour protéger les troupeaux l’âne se retrouve en concurrence avec le chien et le lama.

L’âne est préféré pour trois raisons essentielles, il est d’un coût modique, son entretien est peu coûteux et il consomme les mêmes aliments que le mouton.

D’après l’Ontario Predator Study environ 70 % des ânes utilisés offrent de bons ou excellents services de garde du troupeau. L’âne cesse totalement la prédation sur les troupeaux ou la réduit fortement. Dans les 30 % des cas restants, l’efficacité de l’âne est nulle ou crée d’autres problèmes au sein du troupeau. De mauvaises pratiques, des attentes irréalistes souvent causées par un nombre de moutons trop important, des pâturages trop grands, un nombre d’ânes restreint ou des ânes en mauvaise santé et donc inefficaces peuvent expliquer le taux d’échec.

 Pourquoi l’âne est-il un excellent gardien de troupeau ?

L’âne est un animal sociable qui n’aime pas la solitude et qui s’intègre très bien dans les troupeaux. Herbivore, il vit avec les moutons et s’attache très vite à eux. Contrairement au chien, il n’a pas tendance à vagabonder et reste en permanence avec le troupeau. Nous avons vu que l’âne est originaire de pays où il existe des prédateurs redoutables comme des lions, des guépards, des hyènes auxquels il tient tête pour protéger les siens. Il possède une excellente ouïe et peut apercevoir de très loin un prédateur. Lorsque les moutons se sentent menacés, ils vont fuir et se réfugier derrière l’âne pour être protégés. L’âne va s’interposer et chasser le prédateur. Si celui-ci ne fuit pas, il va l’attaquer et le mettre à mort. Il peut arriver que les coyotes envoient un des leurs pour faire diversion et distraient l’âne pendant que le reste de la troupe attaque les moutons. C’est rare et l’ajout d’un deuxième âne pourrait régler le problème assez rapidement.

 Les conditions à remplir pour que vos ânes soient efficaces.

Un âne pour être efficace doit avoir une bonne santé. Il ne doit en aucun cas avoir accès à des grains ou moulées ou à un pâturage trop riche. Un âne trop nourri peut devenir agressif, mordre les moutons, les attaquer ou leur interdire l’accès aux mangeoires.

Il doit avoir ses sabots parés au moins trois fois par an pour avoir de bons aplombs pour pouvoir courir, défendre les moutons et affronter les prédateurs. Pour être efficace, il faut qu’il ne soit qu’avec des moutons. S’il est en compagnie de vaches, chevaux, ânes, il va délaisser les moutons et ne les protégera plus. Le maximum d’efficacité de l’âne est atteint avec un troupeau d’une centaine de moutons. Un âne castré est idéal, car son humeur est toujours égale. Une femelle avec son petit est également très efficace.

 L’âne gardien idéal

Chez les ânes, il y a une vaste gamme de caractère différent et certains sont meilleurs que d’autres pour garder des troupeaux.

L’âne idéal fera aux alentours de 1.22m de taille au garrot, il aura une bonne conformation. Ce sera un hongre (mâle castré) et il aura plus de deux ans. Ses aptitudes seront testées en lâchant un chien à sa proximité, il doit réagir en le chargeant tout de suite.

L’âne doit être sociable et surtout pas surprotecteur. Un âne surprotecteur pourrait dans les cas extrêmes tuer les agneaux qu’il considérera comme intrus et il peut empêcher les béliers de faire leur travail en s’interposant et en protégeant les brebis.

 L’âne à éviter

Un âne miniature ne fera pas un bon gardien. Il sera de la taille des prédateurs qu’il doit chasser et sera grièvement blessé ou tué. De plus il pourra être blessé ou tué par le bélier.

Un âne timide, peureux va vivre un calvaire. Il ne sera pas bon gardien et sera sans cesse persécuté par les béliers voir blessé ou tué. J’ai vu des ânes miniature timides, blessé, tués par des loups ou par des béliers, des chèvres, des boucs, des vaches… ou par des prédateurs.

 Introduction de l’âne avec les moutons.

L’âne devrait dès son plus jeune âge côtoyer des moutons, ce qui est le cas avec une femelle gardienne de troupeau qui élèvera son ânon au milieu des moutons. Si ce n’est pas le cas, il vous faudra au début être prudent. L’âne devrait vivre une quinzaine de jours à proximité des moutons, séparé par une clôture pour s’habituer à eux. Ensuite, il sera lâché avec eux mais sous surveillance les premiers jours.

 L’âne gardien de chevaux, de cochon, de poules, de chèvres, de vaches…

La mode est d’utiliser des ânes pour garder des chevaux, des vaches, des cochons, même des poules !!! par la magie d’internet l’âne est devenu le remède miracle à toutes les peurs !

Soyons sérieux, le boulot essentiel de l’âne est de garder des moutons et au pâturage UNIQUEMENT ! pour cela il est très bon.

Un rappel L’âne ne garde les troupeaux qu’au pâturage !

Donc si vous mettez un âne avec des chevaux, hors de la saison du pâturage, ils devront être isolés et nourrit à part. Pourquoi ? Un âne nourrit 8 mois par an, voir plus, comme c’est le cas au Québec doit avoir un régime alimentaire strict. Lui laisser accès à de la moulée, à du foin trop riche à volonté, c’est le rendre MALADE et le TUER à petit feu.

Tous les ânes que j’ai vu vivre avec des vaches ont tous des traumatismes psychiques important. Outre le fait qu’ils auront accès à des grains, moulées, ils vont être bousculés, maltraités par les bovins… et vont en garder des séquelles importantes. J’ai vu un brave étalon, doux, gentil, devenir agressif et fou furieux après 6 mois avec des vaches.

Mon brave Paul est un autre exemple des stress qu’ils subissent. Il a peur de tout, ânes, chevaux, vaches… et s’isole… et a du mal à resocialiser après 15 ans de vie avec des vaches.

J’ai vu aussi des ânes avec des yeux crevés par des chèvres ou tuant des chèvres, mordus par des cochons…

Pour les poules, elles peuvent transmettre aux ânes des poux. Mon poulailler est à coté de l’enclos de mes poules et en 20 ans, les seules poules que j’ai perdue, c’étaient par des belettes.

 Précautions

Un âne trop nourri pourra être agressif et attaquer ou mordre les moutons. Pire, il risque de faire des fourbures invalidantes qui ne lui permettront plus de chasser les prédateurs.

Pendant l’œstrus et quand les brebis mettent bas, certains ânes changent de caractère et peuvent devenir imprévisibles, voire agressifs, ces périodes sont à surveiller.

On n’utilise JAMAIS d’étalons. Ils peuvent être dangereux pour les moutons ou même pour le berger dans certains cas.

Certains aliments donnés aux moutons peuvent être mortels pour les équidés. L’âne ne devra jamais avoir accès aux moulées, grains, aliments et compléments alimentaires, vitamines, sels vitaminés pour moutons.

 Coût de revient

À condition de respecter ses exigences alimentaires, un âne nourrit avec du foin de la ferme, qui pourra pendant plusieurs dizaines d’années protéger efficacement le troupeau a un coût de revient très bas. Ses frais annuels étant le foin, les vaccinations, ses soins de sabots.
On considère qu’un âne qui sauve deux agneaux par an devient rentable !